Dominique Ehrhard

Le problème restait de faire une peinture nécessaire. Il fallait se lever tôt. Profiter de toute la lumière. L'atelier était dans un désordre qu'il affectionnait, créant un espace à sa dimension. Les différentes toiles préparées la veille s'alignaient contre le mur, maculées de tâches informes. Il passait fréquemment de l'une à l'autre, rajoutant quelques touches, recouvrant partiellement des parties déjà bien avancées, chaque couche laissant apparaître les strates précédentes comme si toutes les étapes de la création devaient être révélées. Chaque toile était une aventure différente, difficile, dont la signification ne se dégageait que progressivement.

Mais la fin de la journée approchait. Certaines toiles étaient déjà bien avancées, d'autres moins, il fallait les laisser reposer afin d'y voir plus clair. Dans quelques semaines il saurait qu'elles étaient terminées, car au fur et à mesure que le travail avançait, il les laissait devenir autonomes et décider elles-mêmes de leur achèvement.