RELECTURES, PASTICHES, CITATIONS.

Catalogue Galerie la Passerelle - avril 2007

Il peut sembler étonnant qu'un peintre contemporain fasse aussi ouvertement référence un savoir obsolète et périmé même si sa puissance poétique reste intacte. Pourtant aucune nostalgie ou mélancolie, aucune tentation de limitation du pastiche dans l'œuvre de Dominique Ehrhard. Si elle interroge les images de ses origines et pour éprouver la pertinence et la validité de sa pratique.

Si cette peinture suscite en nous une telle adhésion et nous touche aussi profondément, c'est que loin de se complaire dans les affres d'une histoire personnelle, elle juxtapose les alluvions mêlées des sentiments, des idées, des sensations que superposent les générations et les siècles. Théâtre de la mémoire où lumière et ombre révèlent des horizons et des perspectives à chaque fois différentes.

Les titres eux-mêmes, font référence avec ironie aux épisodes fondateurs de la Bible ou aux grands mythes grecs. Il ne s'agit cependant pas d'une peinture érudite dont il conviendrait de connaître les clés pour en déchiffrer le sens ou l'énigme, tout aux plus d'images oubliées, lambeaux épars volés dans les encyclopédies bons marchés, de latin de cuisine, signes orphelins et autistes incapables de dialoguer, renforçant jusqu'au vertige le sentiment de la perte.

La juxtaposition de ces signes vides de sens réduit toute velléité de classement, ordonnancement, la hiérarchie et risque à tout instant de sombrer dans l'insignifiance. Piège déjoué par le système de contraintes oulipiennes que s'impose le peintre et qui suscite au contraire une impression de solidité et de stabilité, répondant aux lois du hasard et de la nécessité qui l'organisent en développement organique proche du vivant, imposant l'illusion d'une démarche scientifique, d'une pertinence et d'une évidence tirant sa justification d'un territoire autre que le sien, refusant de se soumettre à l'arbitraire esthétique.

Ce qui pourrait apparaître comme un simple rébus intellectuel se révèle être un dispositif obligeant le spectateur a délaisser la vision unitaire frontale, incapable de rendre compte de la globalité de la toile.

C'est une peinture qui semble résister aux conditions matérielles de sa création, échappant au temps, à la malédiction du labeur, illusion de grâce de légèreté, constituée d'emblée comme une évidence. Fragile, elle est traversée de ses origines par les stigmates du temps sans que sa pertinence en soit altérée, au contraire s'en renforçant, s'en nourrissant, imaginant dès sa création les limites de son évanouissement.

Charles Blanchard

In catalogue " Relectures, Pastiches, Citations" galerie la Passerelle - Rouen - avril 2008